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Quel
a été votre parcours?
Aurélien
Recoing : Je suis d'une famille de marionettistes, un enfant
de la balle, ce qui m'a amené, à l'âge de treize
ans, à prendre des cours d'art dramatique chez Florent.
Là j'ai rencontré Jean-Pierre Daroussin, Elizabeth
Bourgine, comme élèves, et comme professeurs il y
avait Mesguich, qui sortait du conservatoire, et Francis Huster.
J'ai fait des stages avec eux et, par ailleurs, j'ai pris des cours
aux Ateliers des Quartiers d'Ivry dirigés par Antoine Vitez,
pendant trois ans. Puis j'ai "eu" le Conservatoire (au
bout de la troisième fois) et je suis rentré dans
les classes d'Antoine Vitez. Là, j'ai beaucoup travaillé,
je me suis exercé, et puis, en sortant, ma carrière
a commencé.
Vincent, le personnage
que vous incarnez, est sympathique : or comment un menteur, un imposteur,
peut-il être sympathique?
Le mensonge n'est-il pas le mal absolu (comme le pense Kant)?
A. R. : Le
mensonge est peut-être le mal absolu, en soi, mais là,
Vincent est sympathique car le film prend son point de vue, et son
mensonge est "sous pression", il ne ment pas d'une façon
machiavelique, ce n'est pas un mythomane, il ne croit pas à
son mensonge, il le fait pour survivre, c'est presque un mensonge
"blanc", pour le bien de sa famille, pour ne pas l'inquiéter.
C'est aussi pour lui permettre de retrouver un peu de force, de
liberté, d'imaginaire : c'est un homme "brûlé"
par sa fonction, il a travaillé très longtemps (15
ans) dans des entreprises, il n'est plus à sa place. Donc
il lui faut un temps : c'est ce qu'il dit à son fils à
la fin, "il a fallu du temps, tu sais". C'est pour cela
qu'il est assez sympathique, même si c'est quelqu'un de manipulateur.
Bien sûr, il arnaque mais, en même temps, les autres
ont "envie" d'être arnaqués, se laissent
arnaquer, et dès que ça ne fonctionne plus il va tout
rembourser. Cette arnaque, c'est juste pour gagner du temps sur
le temps.
Vincent bénéficie
d'une certaine complicité avec sa femme : peut-on dire que
l'on ne ment jamais seul?
A. R. : On
ne ment jamais seul, absolument. En fait ils sont très complices,
avec sa femme, ils s'aiment, ils aiment leurs enfants, et elle sent
qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Mais tous deux n'ont pas
les moyens de se dire la verité, de nommer, de désigner
la verité, d'une façon absolue. Cela crée un
hiatus, cela crée ce drame-là, et elle le sait d'une
façon très consciente, elle sent les choses mais ne
va pas jusqu'au bout, jamais elle ne lui dit clairement "qu'est
ce qui ne va pas?". Et lui, peut-être à cause
de ça, ne lui dit pas: la scène du refuge est significative
: il était près à lui dire la verité
et au dernier moment, il préfère ne pas le faire.
Le cas de Vincent
ne relève-t-il pas de la mauvaise foi, telle que Sartre en
parle dans l'Etre et le néant ?(la conscience a la faculté
de se mentir à elle-même, et de croire à ses
propres mensonges)?
A. R. : Il
ne croit pas à ses mensonges, sinon ce serait un mythomane,
c'est plutôt clair dans le film, non?
Pourtant on a l'impression
qu'il se laisse entraîner dans le mensonge.
A. R. : Oui,
il se laisse entraîner mais ça ne veut pas dire qu'il
y croie. C'est un moyen de survivre : c'est la seule manière
de garder une part de son statut social, son statut familial. finalement
il ne va pas chercher une autre vie comme être trappeur dans
l'Ouest! Il reste dans ce qu'il sait faire depuis toujours : être
un consultant financier, s'occuper de l'Afrique, des ONG, etc. C'est
intéressant car en même temps,il est enfermé,
sa part de liberté est dejà close.
Le mal : est-ce de la faiblesse? Les méchants sont-ils donc
excusables?
A. R. : Les
méchants?
Oui : est-ce un
film sur le mal?
A. R. : Non,
c'est un film sur le mensonge, l'engrenage d'un mensonge: ce n'est
pas un film moral sur les méfaits du mal. C'est plus un film
sur le mensonge qui le conduit à revenir là d'où
il était parti, c'est l'histoire d'un homme qui cherche à
se "déshabiller" du monde dans lequel il vit, et
il a du mal à trouver la sortie.
Est-ce que travailler
(en entreprise), c'est "les travaux forcés à
perpétuité"? Partagez vous ce point de vue de
Serge Livrozet (dans le film Jean Michel) sur ce point?
A. R. : Il
devait faire des études de plomberie vers quatorze ans, et
il s'est dit que rentrer la dedans c'était comme les travaux
à perpétuité.
Je pense qu'il y manière et manière d'être dans
une entreprise, d'être en accord avec elle tout en gardant
son être profond, c'est tout à fait possible.

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