Paranoïd park

Film américain de Gus Van Sant

Avec Gabriel Nevins, Dan Liu, Jake Miller, Taylor Momsen, Lauren Mc Kinney





Par Elise Heymes
 
Sortie le 24-10-2007

Durée: 1h30

 

Comme Elefant, le nouvel opus de Gus Van Sant explore l’adolescence, cette fois à travers le monde du skateboard mais ici surtout sous l'angle de l'intériorité. Alex est un jeune skateur de 16 ans. Il tue accidentellement un agent de sécurité tout près du skatepark le plus mal famé de Portland, le Paranoïd Park. Sa bulle adolescente explose et il est propulsé au c½ur d’une intrigue policière…

« Il y a des choses plus graves » rétorque Alex à ses amis, à plusieurs reprises. Plus graves que les aléas du quotidien adolescent. C’est dire si ce jeune-là porte un poids trop lourd pour ses frêles épaules. Non seulement il est seul (sa mère est réduite à une silhouette, son père est loin de lui à tous points de vue, ses amis sont comme des figurants, sa copine semblable à l’héroïne d’un film d’un tout autre genre – que celui qu’il est en train de vivre) mais il doit en plus s’initier à la faute grave et cheminer vers l’acceptation de sa responsabilité. Violent, ce « rite initiatique » du passage de l’adolescence à la sphère adulte, pour un garçon aussi nonchalant que mélancolique.

Gus Van Sant associe le travail de l’écriture (Alex est sommé par une amie de tout écrire pour se délester du fameux secret qui le ronge) à un traitement temporel basé sur l’ellipse et la répétition. Mimant le souvenir, le ressassement et l’assimilation, la narration devient reconstruction. S’y greffent des « interludes » visuels et sonores : des images de skate en super 8 dont le travail sur le ralenti (réalisé avec Chris Doyle, l’ancien chef opérateur de Wong Kar-Wai) esthétise le mouvement corporel des adolescents. La bande-son est extrêmement expressive, donnant à entendre humeurs et émotions aussi bien tranquillisantes que dissonantes. Le tout forme un ensemble dont la complexité rejoint la subtilité.