Eliezer qui pleure et Uriel qui rit
Footnote décrit la rivalité universitaire entre un chercheur vieillissant, insuffisamment honoré par ses pairs, et son fils couvert d’éloges par les mêmes. Cela tient plus, peut-être, de la différence entre leurs caractères que d’une éventuelle supériorité intellectuelle du rejeton dans les recherches talmudiques auxquels ils consacrent tous les deux leur vie : Uriel est un garçon affable et souriant, Eliezer est sombre et « fait la gueule » en permanence. Il a de bonnes raisons pour cela car, jusqu’à présent, malgré la qualité de l’ensemble de ses travaux, il n’a mérité qu’une seule "footnote" (note en bas de page) d’un de ses collègues, alors que son fils collectionne les récompenses universitaires. Jusqu’au jour où l’Académie décide de décerner à Eliezer son Grand Prix…
A partir de ce thème tragi-comique, on rêve du film que Woody Allen aurait pu faire en jouant le père (pessimiste) de Ben Stiller (à qui tout réussit). Avec Joseph Cedar, nous sommes loin de ce modèle. Sa réalisation ne traite pas ce thème de la jalousie filiale sur le mode dramatique ou comique, mais comme une sorte de cartoon, entrecoupé d’intertitres et de vignettes incrustées, le tout noyé dans une musique envahissante ultra synchrone à l’image près, avec pour résultat une étrange impression de voir un sujet grave traité comme un dessin animé qui s’éterniserait durant 1h 45. Ce porte-à-faux permanent rend malaisée l’adhésion à ce film qui cherche son style sans se décider. Le Jury de Cannes l’a repêché pour ce qui a résisté malgré tout : l’idée du scénario.