11e Festival du Film de Sarlat

La 11ème édition du sympathique Festival du Film de Sarlat vient de se dérouler du 5 au 9 novembre 2002. La spécificité de ce festival est de s’adresser aux lycéens qui ont choisi la filière Cinéma et qui viennent présenter, devant un jury de professionnels, les films qu’ils ont réalisés durant l’année dans les établissements de France et d’Outre-Mer.

Parallèlement, une dizaine d’équipes tournent en DV, dans les rues de Sarlat, un court sujet imposé par les organisateurs, le montent et le présentent à la fin du Festival. Cette jolie ville médiévale est donc envahie chaque année par plus de 600 élèves, accompagnés de leurs professeurs, qui viennent participer à cette fête du cinéma. Des professionnels de diverses disciplines techniques animent également des ateliers d’information et donnent des " leçons de cinéma ". Cette année, Agnès Varda et Abbas Kiarostami étaient également présents et ont répondu aux questions pertinentes (et souvent critiques) des étudiants. Ce dernier, en découvrant cette manifestation, a exprimé sa surprise devant l’immense majorité de filles qui constituaient l’auditoire, ce qui ne doit pas être souvent le cas en Iran.

En complément de ces diverses activités, le Festival proposait la projection de 35 longs-métrages (j’en ai vu 13) et d’une trentaine de courts-métrages inédits, sélection soumise au vote du public qui désigne les lauréats. Contrairement aux autres festivals, Sarlat n’est donc pas un marché du film mais s’apparente plutôt aux previews qui permettent de tester l’accueil du vrai public avant l’exploitation.

L’ambitieux thème de cette année était " Culture et Liberté ". Au vu des films, il était plutôt question des rapports du couple et de leur évolution. Un des signes évidents du changement des mentalités est l’accession de plus en plus importante des femmes à la réalisation qui conduit parfois à un renversement global des caractéristiques du héros masculin. Celui-ci est de plus en plus présenté comme mou, velléitaire, chauve, avec des pannes d’érection, des ambitions nulles et un destin de born-loser. Bacri, Darroussin et Podalydès remplacent désormais Redford, Newman et Eastwood. Je précise que les femmes ne sont pas seules à proposer ce personnage récurrent : les réalisateurs font chorus, y compris les Anglais (All or Nothing, de Mike Leigh) ou les Italiens (l’Ultimo Baccio, de Gabriele Muccino). Devant cette déferlante, seul Robert Kéchichian (Aram) résiste et s’accroche à des mâles velus, barbus et moustachus qui pensent, entre deux mitraillades, que la place des femmes demeure la cuisine. Il nous dépeint sans rire un mariage arménien où le prêtre demande au futur mari " Seras-tu le Maître jusqu’à la mort ? " - " Oui ", et à la jeune épouse " Seras-tu docile jusqu’à la mort ? " - " Oui ". My God, on se croirait encore au XXème siècle !

Revenons aux choses sérieuses… Après cette véritable révolution culturelle qui s’annonce, j’espère que le véritable combat pour la parité va commencer qui permettra de donner, enfin, aux hommes la place qu’ils méritent. Quand on voit que plus de 80% des lycéens présents étaient des lycéennes, on se dit qu’il y a urgence.

Henri Lanoë

 
         
 


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