Festival de Cannes 2009


Si vous n’êtes ni dealer, ni killer, ni sado, ni maso, ni homo, passez votre chemin : l’ahurissante sélection du Festival de Cannes 2009, toutes sections confondues, confirme une tendance qui submerge peu à peu le cinéma mondial « chic », celle qui lorgne davantage vers l’ineffable montée des marches que vers la satisfaction de spectateurs désespérément normaux. Le public du Palais qui contemple sagement les massacres complaisants de Tarantino, les obsessions morbides de Lars von Trier ou la leçon d’égorgement discret donnée par Jacques Audiard, ne doit pas être l’héritier de celui qui osait siffler Antonioni ou Pialat il y a quelques années. Aujourd’hui, devant cette violence étalée, règne une inertie complice qui laisse stupéfait, à moins que ce public (et le jury) ne soient uniquement composé de dealers, killers, etc. ce dont je doute.

Il est évident que le sympathique Looking for Eric de Paul Laverty et Ken Loach n’était guère à sa place dans cette boucherie cannoise. Mais comme nos deux complices sont invités (et primés) presque chaque année, ils auront certainement l’occasion d’avoir leur revanche. Ils ont même déjà une disciple : Andrea Arnold qui trace dans Fish Tank le portrait d’une adolescente rebelle qui évoque Kes (1969), un des premiers films de Loach. Mais l’adolescente est tellement rebelle qu’elle est sur le point de tuer une petite fille, ce qui lui a certainement valu la sélection et même un prix.

On espérait mieux du Vincere de Marco Bellocchio qui partait d’un postulat intéressant : décrire la vie du jeune Mussolini, ardent militant combattant l’Eglise et la Royauté, tout en menant une vie sentimentale compliquée à l’aube de sa carrière politique. Mais le film, submergé par une musique épuisante, vire rapidement au roman-photo.

De même pour Almodovar, en très petite forme, qui bascule dans l’auto parodie avec Etreintes brisées. Ses personnages dépourvus de séduction (surtout les hommes) n’arrivent guère à nous faire partager la folle passion qui les détruit dans ce récit à la chronologie complaisamment déstructurée.

In extremis, Alain Resnais a reçu un prix bien mérité pour l’ensemble de sa carrière, ce qui a permis au Jury d’éviter de juger la sélection de son insolite Herbes folles. Par contre, Madame la Présidente a fait figurer au Palmarès Kinatay, Thirst et Nuits d’ivresse printanières, récompenses pour le moins mystérieuses…

N’ayant pas vu Le Ruban blanc de Michael Haneke, qui est un incontestable cinéaste majeur, je ne formulerai aucun commentaire sur la Palme d’Or.

Comme toujours, les sections parallèles du Festival (Un Certain Regard et la Quinzaine des Réalisateurs) proposent des films moins académiques et moins « tendance ». C’est là qu’on peut retrouver quelque plaisir à être devant un écran qui nous fait découvrir des cinéastes, nouveaux ou anciens, qui échappent à la déferlante gore de la sélection officielle. J’ai pu y apprécier, dans le désordre :

Humpday, de Lynn Chelton (U.S.), drolatique projet de deux copains qui décident de participer à un concours de films pornos.

Like you know it all de Hong Sangsoo (Corée), mésaventures d’un jeune réalisateur qui se retrouve juré dans un festival de province.

La Pivellina, de Tizza Covi et Rainer Frimmel (Italie), une petite fille abandonnée est recueillie par des forains dans la banlieue de Rome. On y retrouve la tendresse du Kid de Chaplin.

Amreeka, de Cherien Dabis (U.S.), décrit la difficile insertion de réfugiés palestiniens aux Etats-Unis (En salle actuellement).

Le père de mes enfants (Fr.), de Mia Hansen-Love, chronique sensible du destin d’un producteur submergé de dettes qui le conduiront au suicide.

Irène (Fr.) d’Alain Cavalier (Fr.), constat de l’impossible cicatrisation des blessures causées par un deuil inconsolable.

La Terre de la Folie (Fr.), de Luc Moullet, enquête (au 20e degré) sur les crétins des Alpes du Sud dont craint de faire également partie Luc Moullet.

Petite remarque pour conclure : la loi Evin, qui s’était ridiculisée en maquillant sur des affiches le mégot de Jean-Paul Sartre ou la pipe de Mr Hulot, aurait fort à faire si elle s’attaquait à l’asphyxie par les cigarettes et à la noyade dans les litres de bière qui caractérisent le mal de vivre de nos contemporains dans la plupart des films présentés. Quant à l’hypothétique combat contre la gore attitude de la Compétition Officielle, c’est évidemment mission impossible.

 
         
 


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